Caroline Gagné, artiste

Quand un arbre tombe,
on l'entend;

Installation sonore vibrante
2018
Le point déclencheur a été un bruit que j'ai entendu. D'abord complètement abstrait il m'a semblé sans intérêt, pourtant il m'a ensuite obsédée pendant plusieurs jours au cours de l'été dernier. Le son n’était présent que lors de certaines conditions météorologiques que je ne saurais expliquer, mais il revenait de temps à autre. Ce bruit, j'ai eu de la difficulté à l'identifier bien qu'il imprégnait complètement l'espace de la cour intérieure où j'habite. Puis, j'ai compris qu'il s'agissait du frottement de la branche d'un arbre sur une galerie coursive en métal. 

J'ai donc enregistré ces bruits (à écouter un extrait brut en document d'appui) puis quelqu'un a coupé la branche et le son a disparu. Je veux faire une installation qui rende compte de cet environnement sonore particulier et recréer cette atmosphère suspendue dans le temps. Imprégner le visiteur de cette expérience. Au total, j'ai capté plus d'une heure de matériel. C'est à partir de ce matériel que je souhaite développer l'installation et la performance.
Voici un extrait de mon carnet de notes rédigé le 8 août 2016 : « Les sonorités de friction entre le bois de l'arbre et le métal de la coursive deviennent parfois des harmoniques surprenantes qui sont aussi apaisantes par la limpidité acoustique de ce qu'elles donnent à entendre ; une musicalité presque céleste. Sur les enregistrements, j'entends la substance de l'été et la texture de l'air capté par le microphone. J'écoute le balancier des lourdes branches supportées par le tronc tordu par l'action et la force des déplacements de l'air. J'imagine l'onde parcourir le métal distendu par la chaleur estivale, il se met à vibrer. Je suis attentive au vent dans les feuilles qui précède le frottement de l'archet imaginaire sur l'instrument. Il s'agit d'une expérience singulière à un moment donné. La galerie tremble. C'est une oscillation et un battement métaphorique entre la matière usée, révélée par les sons qui marquent le moment présent et des instants de silence. On tangue entre souplesse et rigidité. » 

Production
2018, Artificiel, Montréal

Diffusion
2019, Occurrence - Espace d’art et d'essai contemporains, Montréal
2018, Art et science - Trajectoire des sens 
8e Biennale nationale de sculpture contemporaine, Trois-Rivières

​Commissaire : Émilie Granjon

Article
Caroline Gagné, Quand un arbre tombe on l'entend ;
quand la forêt pousse, pas un bruit

​Nathalie Bachand, Espace art actuel 122, 2019, p.94

Résumé
Quand un arbre tombe, on l'entend ; quand la forêt pousse, pas un bruit est un proverbe africain qui porte à réfléchir sur le fait que les événements les plus bruyants ne sont pas nécessairement les plus importants. Il nous invite à constater que l’essentiel se construit souvent dans l’indifférence et la durée. D’abord, il y a là un rapport à l’usure comme au point de rupture d’une chose : un arbre se brise. Puis, un processus imperceptible fondé sur la durée : la forêt pousse. 

L’œuvre dans l’espace
Le bruit d’une branche d’arbre qui, dans le tourment du vent, agissait comme un archet frôlant une coursive de métal a été un déclencheur pour cette création. À partir de ce bruit, j’ai conçu une sculpture agitée de micromouvements que des sons, enregistrés au préalable, ont générés en temps réel. Grâce à un capteur de vibration que j’ai placé sur la structure, les tremblements de cette dernière ont pu être montrés, ou traduits, par l’intermédiaire d’une courte vidéo diffusée en boucle sur l’écran d'un téléphone cellulaire modifié. 

Pour le visiteur, cette œuvre se présentait comme un dispositif d'écoute qui rendait compte d'un travail de composition sonore, mais aussi visuel. Elle invitait à se laisser porter par de multiples éléments à voir et à entendre, c’est-à-dire, en plus des sonorités prégnantes dans le lieu, par les ombres portées au sol, les volumes que générait la délicate structure autoportante dans l’espace ainsi que la vidéo discrètement placée dans l’entre-deux.

Réalisation du dispositif sonore : Artificiel
Réalisation de la structure en métal : Che Bourgault
Vectorisation des dessins découpés : Félix LeBlanc
Collaborateurs : Christophe Havard et Avatar
Documentaiton : Marion Gotti et Alexis Bellavance
Ce projet a été possible grâce à la contribution financière du Conseil des arts et des lettres du Québec.

Articles

Photos

Contexte

Extraits sonores